Pleins feux sur Christian Cantos


« La nouvelle Origine du nouveau Monde » a été inspirée à Christian Cantos Christian Art par l’actualité en France en ce début 2013. Le débat sur le mal-nommé « mariage pour tous » y a télescopé la morbide découverte de la prétendue décollation du modèle de la célèbre œuvre de Gustave Courbet. L’œuvre de Cantos met en scène un personnage hybride et composite, affalé sur une sorte d’autel recouvert d’un drap. Le bas ventre féminin est emprunté au tableau du maître français du XIXème. Des prothèses à l’allure de mécanique robotique se substituent aux jambes amputées. Une tête chauve et barbue somme le corps. Dix cornes noires acérées dardent du crâne. Un monstre à sept têtes hurlantes plane au dessus de l’étonnante créature qui écarte les bras et, du droit, dévoile son corps de femme. La Bête de l’Apocalypse, incarnation du Mal, s’offre en spectacle urbi et orbi. Elle signifie au spectateur du XXIème siècle que les errements éthiques, les manipulations génétiques, les compromissions politiques mènent à son triomphe : la fin du monde, l’infécondité de l’espèce. Au temps de Courbet, l’origine du monde était celle que la nature lui assignait. Au temps de Cantos, le monde politique nie l’origine naturelle de l’espèce. Le Mal est prêt à s’emparer de ce qui, pour beaucoup, était un progrès sociétal.

Alain Firmin Rézette
LA NOUVELLE ORIGINE DU NOUVEAU MONDE (Cantos Christian Art) 100X100 acryl./toile. http://christiancantos.com/


«Sous le couteau», ou l’univers exp(l)osé de Christian Cantos


Avant de vous inviter à visiter l’exposition de Christian Cantos à la Paris-New-York Art Gallery (l'exposition est actuellement terminée NDLR), à Luxembourg ville, j’aimerais vous offrir un bref travelling arrière de près de trois ans. C’est en effet au milieu du creux estival 2011 que je fis la connaissance de ce magistral artiste lors d’une exposition à la galerie «Espace 1900» de Robert Friedrich, où il présentait quelques tableaux parmi ceux de nombreux autres artistes. Pas de quoi le mettre vraiment en valeur, amis lecteurs. Pourtant, devant ses créations qui m’apparurent comme étant d’authentiques pièges à lumière, très librement figuratifs, urbains, charnels, corsés d’un zeste de surréalisme et portés par un graphisme explosif, ce fut d’emblée l’éblouissement. Et mon enchantement fut d’autant plus complet, que cet artiste polyvalent présentait aussi un album-roman: «La Quête», histoire écrite par Christian Dupont et illustrée avec 22 peintures cantosiennes. Une merveille! Et rebelote en 2012, toujours à l’Espace 1900, mais ses tableaux occupant cette fois la quasi-totalité des crémaillères de la salle d’expo.

Auteur, compositeur et interprète de rock au sens large du terme, sculpteur, affichiste, décorateur, dessinateur, peintre et j’en passe, Christian Cantos naquit à Québec en 1967 et vit aujourd’hui à Montmédy (Meuse). Arrivé en banlieue parisienne à l’âge de deux ans, il passe sa jeunesse en basse Normandie, suit, encore très jeune, l’enseignement du peintre Michel Leclerc et, au début des années quatre-vingt, les cours d’expression libre de la Maisons des Arts d’Évreux. Puis il part, encore adolescent, sur les chemins de l’errance et découvre la précarité des squats, endure toutes sortes de privations, subit la souffrance tant morale que physique, le froid, la faim, la canicule... Mais, porté par un courage et un optimisme irréductibles, Christian Cantos pratique la peinture de survie, décore bistrots, restaurants, centres culturels, boites de nuit, vitrines de magasins et même un hall de gare. Faisant feu de tout bois, il peint des affiches, des décors de théâtre, des pochettes de disques, ainsi que des autos, des vélos et des motos.

Le big-bang aura lieu avec «La Quête», déjà citée plus haut: vingt-trois toiles illustrant en partie son propre parcours et l’aboutissement de sa première quête, dont il tirera également un album de seize chansons, ainsi qu’un scénario (transformé en nouvelle par Christian Dupont). Auteur, compositeur, chanteur, artiste pluridisciplinaire, qui dit mieux! Cependant, c’est surtout en tant que peintre que Christian Cantos a fini par se révéler. Ses tableaux méritent la palme: véritables jaillissements d’idées, ils sont très librement figuratifs, souvent urbains, parfois charnels et toujours traversés d’un puissant souffle surréaliste et symboliste. Ils ne peuvent pratiquement jamais être considérés comme étant de l’art pour l’art. Presque toutes ses toiles véhiculent des remises en question passionnées, des idées, des messages autocritiques et/ou critiques, évidents et/ou subliminaux, mais aussi d’ironie satirique, voire caustique et parfois même de colère, plus rarement empreints d’un certain fatalisme.

L’ensemble de son oeuvre est incroyablement expressive: expressivité des corps, mais aussi des machines en mouvement, souvent caractérisée par des lignes de fuite au graphisme fortement accentué, qui accroissent la dramaturgie du tableau et l’insaisissabilité du sujet au point de vous donner le vertige. Quoiqu’il définisse son art d’«urbano-romantico-sauvage», il arrive que sa fougue cède à l’intimisme, enfin, presque, disons au repos, au mystère... la luminosité baisse, les ombres dominent, l’ambiance est reine. Sa peinture sobre, mais suggestive, est attachante par sa force évocatoire exceptionnelle, qu’il puise dans la mythologie de l’humanité ou dans celle qu’il se forme au fur et à mesure que grandit son trésor imaginaire personnel. Ses tableaux sont en fait bien davantage que des peintures. Ce sont des écrits imagés comme pourrait l’être l’expression picturale de quelque géant transgalactique de retour chez lui après un voyage sur terre, essayant de faire comprendre aux siens tout à la fois les aspects matériels, intellectuels et imaginaires de l’humanité. Ils sous-entendent le passé, sous-tendent le présent et tendent vers le futur. Il n’y a rien d’abstrait à ce mode expression, même pour les pauvres terriens que nous sommes.

Figuratif, Cantos? Bien sûr, mais comment? Le terme surréaliste peut venir à l’esprit; cependant, tout compte fait, il ne convient pas entièrement, en tout cas pas dans le sens donné aux travaux des Dali, Magritte, Delvaux, et autres De Chirico. Le problème, c’est que Cantos n’a pas de comparant, aussi faudrait-il que les critiques et les historiens de l’art créent un nouveau terme – peut-être transréalisme expressionniste? – exprès pour lui, car celui de transréaliste ne lui convient qu’en partie. En effet, selon cette école, proclamée dans un «Manifeste pour le 21ème siècle», publié par Sejo Vieira(2), «Le Transréalisme est un mouvement artistique et littéraire qui cherche à exprimer (...) la créativité de l’imagination dans le procès de reconstruction des réalités parallèles (...) c’est dans la mémoire, que se trouvent (...) les éléments indispensables à la création et à la connaissance profonde de l’homme, l’artiste transréaliste (...) réussit à forger un outil capable d’explorer des labyrinthes et des abîmes, à la recherche d’images et de sensations qui le porteront au-delà de la réalité...».

Et autant pour les similitudes. Cependant, là où Cantos explose cette notion et la dépasse, c’est lorsque le manifeste précise que l’artiste ou l’écrivain et le poète «... refuse la perception immédiate, l’émotion instantanée...». Or, rien de tel dans l’art de Christian Cantos, chez qui le travail lui-même, le moteur créatif tant spirituel que manuel donc, continue à nourrir et l’esprit et la création au présent. Son projet, quoique presque toujours clairement prédéterminé, peut à tout moment être revu, corrigé et s’envoler vers de nouvelles formes et des horizons inattendus. Sa création continue à se nourrir par et durant sa propre genèse. Aussi, bien que son style soit unique et parfaitement reconnaissable, il ne se reproduit jamais lui-même, et le passé qui inspire son présent, voire l’inclut, ne lui impose rien. Notre artiste ne permet pas à l’inspiration de dominer la création. Tous ses tableaux en témoignent. D’authentiques chefs-d’oeuvre comme «Arthémis et la mort», «Harmonie féminine», «Le tour du monde de Jésus Christ en 777777 jours», ou «Soldats de terre de fer de verre et de bois numérisés», pour ne citer que ceux-là, enthousiasmeront l’amateur le plus difficile et lui offrent en outre ce zeste d’humour présent dans toute intelligence digne de ce nom. Vous pouvez beaucoup demander à ce peintre d’exception, y compris de vous improviser là, sur les deux pieds, un solo endiablé sur sa guitare, mais n’attendez en aucun cas qu’il se prenne (ni vous non plus) trop au sérieux.

Giulio-Enrico Pisani 


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